Engourdissement émotionnel
Quand les émotions s'éteignent pour survivre
Il y a des personnes qui ne pleurent plus, même lorsqu’elles le voudraient. Des personnes qui assistent à leur propre vie comme de l’extérieur, sans vraiment la ressentir. Des personnes qui fonctionnent travaillent, parlent, sourient… mais qui, intérieurement, ont l’impression que quelque chose s’est éteint. Ce vécu a un nom : l’engourdissement émotionnel.
Définition: Qu'est-ce que l'engourdissement émotionnel ?
L’engourdissement émotionnel désigne une diminution marquée de la capacité à ressentir ses émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Survenant comme réponse automatique du système nerveux à une surcharge émotionnelle prolongée ou à un traumatisme.
Ce n’est pas un manque de sensibilité, ni un défaut de personnalité. C’est une réponse de protection : face à une douleur trop intense ou trop durable, le système nerveux abaisse progressivement le seuil de perception émotionnelle pour permettre à la personne de continuer à fonctionner. En ce sens, l’engourdissement émotionnel est une forme de dissociation partielle, non pas une séparation entre soi et son corps, mais entre soi et ses propres ressentis.
Le lien avec le traumatisme
L’engourdissement émotionnel est intimement lié au traumatisme, direct ou insidieux. Dans les deux cas, le mécanisme est le même : à un moment donné, ressentir pleinement ce qui se passe devient trop difficile à supporter. Le système nerveux choisit alors, de façon automatique et non consciente, de couper partiellement l’accès aux émotions, comme un disjoncteur qui protège un circuit de la surcharge.
Dans le traumatisme direct, cet engourdissement peut survenir pendant l’événement lui-même, puis persister longtemps après. Dans le traumatisme insidieux, il s’installe plus progressivement, parfois dès l’enfance : l’enfant qui grandit dans un environnement où ses émotions ne sont pas accueillies, validées ou tolérées, apprend peu à peu à ne plus les ressentir ou du moins à ne plus les laisser remonter à la surface.
Comment il se manifeste au quotidien
- Une difficulté à ressentir de la joie, du plaisir ou de l’enthousiasme, même dans des situations objectivement agréables
- Une impression de regarder sa propre vie de loin, sans vraiment la vivre
- Une incapacité à pleurer, même face à des situations qui le mériteraient
- Une absence de réaction émotionnelle dans des contextes où les autres semblent touchés
- Une difficulté à se connecter aux autres, à ressentir de l’empathie ou de la proximité
- Un sentiment de vide intérieur chronique, difficile à nommer ou à expliquer
Ce que l'engourdissement protège - Et ce qu'il coûte
Comme tous les mécanismes de protection, l’engourdissement émotionnel a une fonction réelle : il a permis de traverser des périodes qui auraient été autrement insupportables. Il mérite d’être reconnu pour cela, sans jugement.
Mais son coût est réel : en coupant l’accès aux émotions douloureuses, il coupe également l’accès aux émotions nourrissantes, la joie, la connexion, l’amour, l’enthousiasme. La personne se retrouve dans un état de grisaille affective, où rien ne fait vraiment mal, mais rien ne fait vraiment bien non plus. C’est souvent ce qui amène les personnes à consulter : non pas une souffrance aiguë, mais un sentiment profond de ne plus vraiment vivre.
Réapprendre à ressentir
Le travail sur l’engourdissement émotionnel demande de la patience et de la progressivité. Il ne s’agit pas de « forcer » le retour des émotions, une telle approche risquerait de déclencher une surcharge difficile à gérer. Il s’agit plutôt de recréer, progressivement et en sécurité, les conditions dans lesquelles les émotions peuvent se manifester sans danger. Cela passe par la reconstruction d’un sentiment de sécurité intérieure suffisant pour que les émotions puissent à nouveau être ressenties et traversées, sans anéantir la personne 15 min gratuit.
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